{"id":6593,"date":"2026-10-17T20:22:55","date_gmt":"2026-10-17T20:22:55","guid":{"rendered":"https:\/\/nextstoryus.com\/?p=6593"},"modified":"2026-10-17T20:22:55","modified_gmt":"2026-10-17T20:22:55","slug":"premiere-partie-lenfant-dalger-la-musique-avant-le-cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/nextstoryus.com\/?p=6593","title":{"rendered":"Premi\u00e8re partie \u2014 L&#8217;enfant d&#8217;Alger : la musique avant le cin\u00e9ma &#8230;."},"content":{"rendered":"<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\" data-spm-anchor-id=\"a2ty_o01.29997173.0.i154.7257c921HnfQZm\">Daniel Auteuil n&#8217;est pas devenu c\u00e9l\u00e8bre en quelques mois. Il avait trente-six ans lorsque le grand public fran\u00e7ais a r\u00e9ellement d\u00e9couvert son visage, et cette notori\u00e9t\u00e9 tardive explique beaucoup de choses chez lui : aucune h\u00e2te, aucun besoin de remplir tous les espaces, aucune peur du silence. Pour comprendre l&#8217;acteur, il faut commencer bien avant la gloire, par un enfant n\u00e9 au bord de la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/span><\/div>\n<div dir=\"ltr\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-6594\" src=\"https:\/\/nextstoryus.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/1900x1900-000000-80-0-0-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"447\" height=\"447\" srcset=\"https:\/\/nextstoryus.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/1900x1900-000000-80-0-0-300x300.jpg 300w, https:\/\/nextstoryus.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/1900x1900-000000-80-0-0-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/nextstoryus.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/1900x1900-000000-80-0-0-150x150.jpg 150w, https:\/\/nextstoryus.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/1900x1900-000000-80-0-0-768x768.jpg 768w, https:\/\/nextstoryus.com\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/1900x1900-000000-80-0-0.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 447px) 100vw, 447px\" \/><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Il na\u00eet \u00e0 Alger le 24 janvier 1950, dans une famille o\u00f9 l&#8217;art n&#8217;est pas une distraction mais un m\u00e9tier. Son p\u00e8re est baryton, sa m\u00e8re cantatrice ; au moment de sa naissance, les deux sont en tourn\u00e9e lyrique en Alg\u00e9rie. Grandir dans une maison de chanteurs ne signifie pas grandir dans une maison de spectateurs. Cela signifie entendre des gammes avant d&#8217;entendre des contes, c\u00f4toyer la fatigue des soirs de repr\u00e9sentation, comprendre tr\u00e8s t\u00f4t qu&#8217;une voix ne se poss\u00e8de pas simplement : elle se travaille, se surveille, se reprend chaque matin. Toute la carri\u00e8re d&#8217;Auteuil portera cette empreinte. Chez lui, le talent ne ressemble jamais \u00e0 de l&#8217;inspiration tomb\u00e9e du ciel. Il ressemble \u00e0 un artisanat.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">L&#8217;enfance alg\u00e9rienne est le premier paysage de sa vie, et sans doute le plus secret. Puis vient le d\u00e9part pour la France, avec ce que comportent d&#8217;arrachement les d\u00e9placements de populations li\u00e9s \u00e0 la fin de l&#8217;Alg\u00e9rie fran\u00e7aise. Auteuil appartient \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration de pieds-noirs dont on a peu parl\u00e9, ou dont on a parl\u00e9 trop vite, en croyant r\u00e9sumer une existence \u00e0 une origine. Lui n&#8217;a jamais fait de son d\u00e9racinement un \u00e9tendard. Il en a fait quelque chose de plus discret : une mani\u00e8re de ne jamais tout \u00e0 fait se sentir \u00e0 sa place, une attention particuli\u00e8re aux seuils, aux portes, aux lieux o\u00f9 l&#8217;on est accueilli \u2014 ou o\u00f9 on ne l&#8217;est pas. On retrouvera cette sensibilit\u00e9 des d\u00e9cennies plus tard, lorsqu&#8217;il incarnera un homme hant\u00e9 par un enfant alg\u00e9rien renvoy\u00e9 vers l&#8217;ombre.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">La musique reste longtemps sa premi\u00e8re ambition. Fils de deux voix lyriques, il h\u00e9site naturellement entre le chant et la sc\u00e8ne. Mais le chant exige une instrumentalit\u00e9 que tout le monde ne poss\u00e8de pas, et le th\u00e9\u00e2tre, lui, offre une \u00e9chappatoire : il permet d&#8217;emprunter d&#8217;autres vies plut\u00f4t que d&#8217;exposer la sienne. Auteuil choisit cette seconde voie.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Commencent alors les ann\u00e9es que les biographies survolent et que les acteurs, eux, n&#8217;oublient jamais. Les cours, les planches, les petits r\u00f4les, la t\u00e9l\u00e9vision, les cachets. Pendant une douzaine d&#8217;ann\u00e9es, \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 1970, il travaille sans devenir une figure. Il apprend ce m\u00e9tier ingrat qui consiste \u00e0 entrer dans un plan pour quelques secondes et \u00e0 y exister malgr\u00e9 tout. C&#8217;est une formation redoutable : elle interdit la vanit\u00e9. Un acteur qui a attendu ne construit pas sa carri\u00e8re comme un acteur qu&#8217;on a imm\u00e9diatement proclam\u00e9 star.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Il y a dans cette longue maturation quelque chose de d\u00e9cisif. Quand Auteuil appara\u00eet enfin devant une cam\u00e9ra qui le regarde vraiment, il sait d\u00e9j\u00e0 dispara\u00eetre. Il sait qu&#8217;un personnage ne se joue pas avec son propre charme. Il sait qu&#8217;un visage au cin\u00e9ma n&#8217;est int\u00e9ressant que lorsqu&#8217;il cache quelque chose.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Puis Claude Berri l&#8217;appelle. Le r\u00e9alisateur pr\u00e9pare une entreprise d\u00e9mesur\u00e9e : adapter Marcel Pagnol en deux films, avec Yves Montand et G\u00e9rard Depardieu. Il propose \u00e0 Auteuil un r\u00f4le de paysan sournois, vo\u00fbt\u00e9, \u00e0 peine sympathique \u2014 tout le contraire d&#8217;un premier r\u00f4le de s\u00e9ducteur.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">L&#8217;acteur accepte. Et en 1986, le pays entier d\u00e9couvre Ugolin.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-hr\">\n<hr \/>\n<\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<h2 class=\"qwen-markdown-heading\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Deuxi\u00e8me partie \u2014 1986 : le jour o\u00f9 Daniel Auteuil devient Ugolin<\/span><\/h2>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Il existe peu de trajectoires aussi nettement coup\u00e9es en deux. Avant 1986, Daniel Auteuil est un com\u00e9dien que certains connaissent. Apr\u00e8s 1986, c&#8217;est un visage national. Le responsable de cette mutation n&#8217;est ni un agent ni un producteur habile : c&#8217;est un petit homme vo\u00fbt\u00e9, roublard et terrifiant, du nom d&#8217;Ugolin Soubeyran.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Claude Berri s&#8217;est attel\u00e9 \u00e0 <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">L&#8217;Eau des collines<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\">, le cycle de Pagnol, avec l&#8217;intention de tourner deux films d&#8217;un seul tenant : <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Jean de Florette<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> et <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Manon des sources<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\">. Le dispositif est gigantesque, presque impossible \u00e0 tenir. Montand sera C\u00e9sar Papet, Depardieu sera Jean de Florette. Et Auteuil sera Ugolin, le cousin faible, avide, manipulateur et manipul\u00e9.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Le choix semble \u00e9tonnant. Auteuil n&#8217;a rien, en apparence, du paysan proven\u00e7al. Il n&#8217;a ni l&#8217;ancrage rural ni la \u00e9vidence physique d&#8217;un Depardieu. C&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui rend son travail remarquable. Plut\u00f4t que de jouer un r\u00f4le avec son propre corps, il en construit un autre. Ugolin a une d\u00e9marche particuli\u00e8re, une colonne bris\u00e9e, une voix sourde, presque rampante, un rire de complice qui s&#8217;interrompt d\u00e8s qu&#8217;il a peur. Le com\u00e9dien ne se contente pas d&#8217;adopter un accent : il fabrique une animalit\u00e9. On ne reconna\u00eet plus Auteuil. On reconna\u00eet Ugolin.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Le tournage en Provence est une exp\u00e9rience de d\u00e9paysement total. La poussi\u00e8re, les chemins, les murs de pierre, la lumi\u00e8re crue : tout concourt \u00e0 effacer l&#8217;acteur parisien. Et surtout, il y a Montand et Depardieu autour de lui. Se retrouver entre ces deux \u00ab monstres sacr\u00e9s \u00bb constitue \u00e0 la fois un privil\u00e8ge et une \u00e9preuve. Montand repr\u00e9sente une \u00e9cole de pr\u00e9cision, de m\u00e9moire, de professionnalisme absolu. Depardieu repr\u00e9sente autre chose : une puissance instinctive, une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 d\u00e9sordonn\u00e9e, une mani\u00e8re d&#8217;occuper le monde qui peut intimider. Auteuil, au milieu, observe. Il est assez jeune pour apprendre et d\u00e9j\u00e0 assez form\u00e9 pour ne pas se laisser \u00e9craser.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Lorsque <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Jean de Florette<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> sort au printemps 1986, puis <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Manon des sources<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> \u00e0 l&#8217;automne, le ph\u00e9nom\u00e8ne est imm\u00e9diat. Le public fran\u00e7ais red\u00e9couvre Pagnol \u00e0 travers une fresque qui parle de terre, d&#8217;eau, d&#8217;h\u00e9ritage et de crime. Et dans cette fresque, celui qui hante les m\u00e9moires n&#8217;est ni le g\u00e9ant Depardieu ni la statue Montand : c&#8217;est le petit cousin. Auteuil re\u00e7oit le C\u00e9sar du meilleur acteur. Il a trente-six ans.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Mais 1986 est aussi une autre rencontre. Sur le tournage de <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Manon des sources<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\">, il croise une jeune femme de vingt et un ans qui fait ses premiers grands pas devant la cam\u00e9ra : Emmanuelle B\u00e9art. Elle est Manon, la fille de Jean, cette pr\u00e9sence sauvage et d\u00e9termin\u00e9e qui hante les collines. La sc\u00e8ne de la source, o\u00f9 son corps appara\u00eet dans l&#8217;eau, fera d&#8217;elle une star. Entre elle et Auteuil, quelque chose commence qui d\u00e9passera largement le cin\u00e9ma.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Ils vivront ensemble, se marieront en 1993 et auront un fils, Alexandre, n\u00e9 en 1994. Leur histoire durera une quinzaine d&#8217;ann\u00e9es avant de se d\u00e9faire au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Auteuil, qui a toujours prot\u00e9g\u00e9 sa vie priv\u00e9e avec une sorte d&#8217;ent\u00eatement, n&#8217;en fera jamais un spectacle.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Reste le pi\u00e8ge de Ugolin. Un acteur qui a \u00e9t\u00e9 aussi juste dans un r\u00f4le court toujours le risque d&#8217;y \u00eatre enferm\u00e9. Berri lui a offert la gloire ; il lui faut maintenant \u00e9chapper \u00e0 la cage dor\u00e9e de cette gloire. C&#8217;est Claude Sautet qui va l&#8217;y aider.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-hr\">\n<hr \/>\n<\/div>\n<h2 class=\"qwen-markdown-heading\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Troisi\u00e8me partie \u2014 L&#8217;art du visage : Sautet, Ch\u00e9reau et le partage de Cannes<\/span><\/h2>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Apr\u00e8s Ugolin, beaucoup d&#8217;acteurs auraient encha\u00een\u00e9 les r\u00f4les de rustres sournois. Auteuil fait exactement le contraire. Il passe de la Provence ensoleill\u00e9e \u00e0 un appartement parisain froid, et d&#8217;un corps grotesque \u00e0 un visage presque immobile.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Un c\u0153ur en hiver<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> (1992), de Claude Sautet, est peut-\u00eatre le film le plus important de sa carri\u00e8re. Il y joue St\u00e9phane, un luthier qui restaure des violons et ne restaure rien de sa propre vie. Homme froid, repli\u00e9, incapable de dire ce qu&#8217;il ressent, il observe les autres s&#8217;aimer et souffrir depuis une distance qu&#8217;il prend pour de la libert\u00e9. Emmanuelle B\u00e9art, ici, n&#8217;est plus la sauvage des collines : elle est une chanteuse qui tente d&#8217;entrer dans cette forteresse.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Sautet dirige Auteuil \u00e0 contre-emploi apparent. Plus rien du jeu ext\u00e9rieur d&#8217;Ugolin. Tout se joue dans un regard qui se d\u00e9tourne, une main qui h\u00e9site, une phrase aval\u00e9e. Le cin\u00e9aste \u00e9tait c\u00e9l\u00e8bre pour cette mani\u00e8re de travailler sur l&#8217;infiniment petit, d&#8217;obtenir des acteurs des nuances que ceux-l\u00e0 m\u00eame ne savaient pas poss\u00e9der. Auteuil, fils de musiciens, apporte en plus une justesse physique : la fa\u00e7on de tenir un outil, d&#8217;\u00e9couter une r\u00e9sonance, de comprendre qu&#8217;un instrument se r\u00e9pare comme un \u00eatre humain \u2014 lentement, et jamais tout \u00e0 fait.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Le film se termine sur une sc\u00e8ne devenue l\u00e9gende. St\u00e9phane \u00e9coute un trio de Ravel. La cam\u00e9ra reste sur son visage. Et pendant quelques instants, quelque chose c\u00e8de. Pas de discours, pas de larme spectaculaire : seulement une fissure. C&#8217;est l&#8217;une des plus belles illustrations de ce que le cin\u00e9ma peut faire avec un visage humain. <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Un c\u0153ur en hiver<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> obtient le C\u00e9sar du meilleur film et installe d\u00e9finitivement Auteuil dans une autre cat\u00e9gorie : celle des acteurs qui n&#8217;ont pas besoin de parler pour \u00eatre entendus.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Ensuite, le parcours s&#8217;\u00e9largit encore. Chez Patrice Ch\u00e9reau, dans <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">La Reine Margot<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> (1994), il devient Henri de Navarre : un homme politique parmi les massacres, oblig\u00e9 de survivre l\u00e0 o\u00f9 les autres meurent. La nuit de la Saint-Barth\u00e9lemy traverse le film comme un cauchemar rouge, et Auteuil y trouve une densit\u00e9 nouvelle, celle d&#8217;un corps qui doit rester calme au milieu de l&#8217;horreur. Chez Jean-Paul Rappeneau, dans <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Le Hussard sur le toit<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> (1995), il est Angelo Pardi, Italien aristocrate et solitaire traversant une Provence ravag\u00e9e par le chol\u00e9ra. Cette fois, le cin\u00e9ma est celui de l&#8217;aventure, des grands espaces, de la lumi\u00e8re et du mouvement.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Puis vient <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Les Grands Ducs<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> (1996), de Patrice Leconte, o\u00f9 il se retrouve aux c\u00f4t\u00e9s de Philippe Noiret et Jean-Pierre Marielle dans le r\u00f4le d&#8217;un illusionniste sur le retour. Trois hommes us\u00e9s, trois carri\u00e8res finissantes, une com\u00e9die tendre sur l&#8217;\u00e9chec. Auteuil y montre qu&#8217;il sait rire de lui-m\u00eame \u2014 qualit\u00e9 rare chez les grands acteurs s\u00e9rieux.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Mais l&#8217;ann\u00e9e 1996 r\u00e9serve un autre moment, peut-\u00eatre le plus humain de son parcours.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Dans <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Le Huiti\u00e8me Jour<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> de Jaco Van Dormael, il joue Harry, un cadre surmen\u00e9 dont la vie parfaitement r\u00e9gl\u00e9e se heurte \u00e0 celle de Georges, un homme trisomique \u00e9vad\u00e9 d&#8217;un \u00e9tablissement. Son partenaire s&#8217;appelle Pascal Duquenne, et ce n&#8217;est pas un acteur professionnel : c&#8217;est un homme rencontr\u00e9 par le cin\u00e9ma, qui apporte devant la cam\u00e9ra quelque chose qu&#8217;aucune \u00e9cole ne enseigne.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Au Festival de Cannes, le jury attribue le prix d&#8217;interpr\u00e9tation masculine aux deux hommes. Auteuil partage donc sa r\u00e9compense avec Duquenne.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">L&#8217;anecdote est belle ; ce qu&#8217;elle r\u00e9v\u00e8le l&#8217;est davantage. Auteuil a souvent parl\u00e9, \u00e0 propos de cette rencontre, de la pr\u00e9sence. Duquenne ne joue pas : il est. Il n&#8217;anticipe pas, ne calcule pas, ne se regarde pas jouer. Pour un com\u00e9dien form\u00e9 \u00e0 l&#8217;artisanat, \u00e0 la construction patiente d&#8217;un personnage, ce contact avec une pr\u00e9sence aussi pure a \u00e9t\u00e9 une le\u00e7on. Le cin\u00e9ma, parfois, apprend plus aux acteurs qu&#8217;ils ne lui apprennent.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-hr\">\n<hr \/>\n<\/div>\n<h2 class=\"qwen-markdown-heading\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Quatri\u00e8me partie \u2014 Les duos, la com\u00e9die et le vertige Haneke<\/span><\/h2>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">\u00c0 partir de la fin des ann\u00e9es 1990, Auteuil construit une \u0153uvre en duos. Il semble avoir besoin d&#8217;un autre visage en face du sien pour se d\u00e9ployer pleinement.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Le premier est celui de Vanessa Paradis. Dans <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">La Fille sur le pont<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> (1999), Patrice Leconte lui confie le r\u00f4le de Gabin, un homme d&#8217;\u00e2ge m\u00fbr qui sert de cible \u00e0 une lanceuse de couteaux. Il vit dans une neutralit\u00e9 tranquille jusqu&#8217;au jour o\u00f9 il rencontre Ad\u00e8le, jeune femme d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e qui h\u00e9site \u00e0 sauter d&#8217;un pont.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Le film contient une s\u00e9quence c\u00e9l\u00e8bre : celle des rencontres imaginaires. Leconte imagine et montre dozens de fa\u00e7ons dont Gabin et Ad\u00e8le auraient pu se croiser \u2014 dans un train, \u00e0 une f\u00eate, dans un h\u00f4pital, n&#8217;importe o\u00f9. Tous ces d\u00e9buts possibles, tous ces amours qui n&#8217;ont pas eu lieu. C&#8217;est une m\u00e9ditation sur le hasard, et Auteuil y est merveilleux de douceur un peu gauche. Il n&#8217;est pas un s\u00e9ducteur : il est un homme qui, sans le savoir, attendait quelqu&#8217;un depuis toujours.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Le deuxi\u00e8me duo est plus inattendu encore. Dans <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">L&#8217;Homme du train<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> (2002), toujours sous la direction de Leconte, il donne la r\u00e9plique \u00e0 Johnny Hallyday. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, un instituteur retrait\u00e9, effac\u00e9, timide ; de l&#8217;autre, un voyageur myst\u00e9rieux, dur, inqui\u00e9tant. Le film raconte leur amiti\u00e9 naissante, faite de silences, de parties de cartes et de phrases qui ne veulent pas dire ce qu&#8217;elles disent.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">L&#8217;id\u00e9e semblait risqu\u00e9e. Johnny n&#8217;\u00e9tait plus vraiment un homme de cin\u00e9ma, et beaucoup s&#8217;attendaient \u00e0 un exercice de sympathie. Or le film fonctionne parce que les deux hommes ne se ressemblent pas. Auteuil, par sa retenue m\u00eame, permet \u00e0 Hallyday d&#8217;exister autrement que comme star : comme acteur, avec un visage fatigu\u00e9, une menace sourde, une vuln\u00e9rabilit\u00e9 qu&#8217;il n&#8217;avait jamais montr\u00e9e ainsi. Leur complicit\u00e9 d\u00e9passera le tournage.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Entre-temps, Auteuil avait rappel\u00e9 au public qu&#8217;il \u00e9tait aussi un formidable com\u00e9dien comique. Dans <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Le Placard<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> (2001), de Francis Veber, il incarne Fran\u00e7ois Pignon, cet employ\u00e9 invisible que tout le monde ignore et qui, pour \u00e9chapper \u00e0 un licenciement, se fait passer pour homosexuel. Le film est un succ\u00e8s populaire immense, et pour cause : Auteuil y poss\u00e8de un physique comique pr\u00e9cis, fait d&#8217;\u00e9paules renfonc\u00e9es, de regards fuyants et de silences qui durent une seconde de trop. Il prouve qu&#8217;un acteur dramatique n&#8217;est jamais aussi bon qu\u5f53 il accepte d&#8217;\u00eatre ridicule.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Mais il y a, dans son parcours, une zone sombre qu&#8217;il faut aborder.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">En 2002, Nicole Garcia l&#8217;adapte l&#8217;histoire de Jean-Claude Romand dans <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">L&#8217;Adversaire<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\">. Romand est cet homme qui, pendant des ann\u00e9es, a fait croire \u00e0 son entourage qu&#8217;il \u00e9tait m\u00e9decin, alors qu&#8217;il ne faisait rien \u2014 avant d&#8217;assassiner sa femme, ses enfants et ses parents. Auteuil accepte de porter ce visage-l\u00e0.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Le choix est vertigineux. Comment jouer un homme pareil sans l&#8217;expliquer, sans l&#8217;excuser, sans en faire un monstre de th\u00e9\u00e2tre ? Auteuil choisit la banalit\u00e9. Pas de regard d\u00e9moniaque, pas de grand num\u00e9ro de psychopathie : un homme ordinaire, mou, menteur, vide. C&#8217;est peut-\u00eatre sa performance la plus d\u00e9rangeante, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&#8217;elle refuse de rassurer le spectateur en lui offrant un coupable spectaculaire.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Puis vient <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">36, quai des Orf\u00e8vres<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> (2004), d&#8217;Olivier Marchal, o\u00f9 il retrouve Depardieu dans un face-\u00e0-face de flics rivaux. Le cin\u00e9ma de genre lui va mieux qu&#8217;on ne l&#8217;aurait imagin\u00e9 : il y apporte une fatigue, une amertume, une mani\u00e8re de tenir un bureau comme on tient un dernier poste.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Enfin, Michael Haneke.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Cach\u00e9<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> (2005) est sans doute le film qui a le plus d\u00e9concert\u00e9 son public. Auteuil y joue Georges, un critique litt\u00e9raire de t\u00e9l\u00e9vision, homme respect\u00e9, paisible, dont la vie bascule quand arrivent des vid\u00e9os montrant la fa\u00e7ade de sa maison. Peu \u00e0 peu remonte un souvenir d&#8217;enfance : un gar\u00e7on alg\u00e9rien, Majid, que la famille aurait d\u00fb adopter et que Georges a fait \u00e9carter par un mensonge d&#8217;enfant.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Haneke avait besoin d&#8217;un visage rassurant. C&#8217;est toute la logique du film : pour que le malaise fonctionne, il faut que le spectateur aime et reconnaisse l&#8217;homme qu&#8217;il est en train de juger. Auteuil \u00e9tait ce visage. Et pour un acteur n\u00e9 \u00e0 Alger, le sc\u00e9nario avait une r\u00e9sonance intime que le r\u00e9alisateur n&#8217;avait peut-\u00eatre pas enti\u00e8rement pr\u00e9vue.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Le tournage fut d\u00e9stabilisant. Haneke n&#8217;explique pas, ne justifie pas, ne propose pas de grille de lecture. Auteuil a d\u00fb travailler dans l&#8217;incertitude, sans savoir exactement ce que son personnage savait ou ignorait. Le film se termine sur un plan fixe d&#8217;une dur\u00e9e presque impossible, devant un escalier d&#8217;\u00e9cole, o\u00f9 quelque chose se dit \u2014 ou ne se dit pas \u2014 sans que la cam\u00e9ra daigne nous le montrer.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Cach\u00e9<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> obtient le prix de la mise en sc\u00e8ne \u00e0 Cannes. Auteuil, lui, en ressort avec un film qui hante. Certains spectateurs ne lui ont jamais pardonn\u00e9 de les avoir mis si mal \u00e0 l&#8217;aise. C&#8217;est peut-\u00eatre la plus belle preuve de la r\u00e9ussite du travail.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-hr\">\n<hr \/>\n<\/div>\n<h2 class=\"qwen-markdown-heading\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Cinqui\u00e8me partie \u2014 Le p\u00e8re, le metteur en sc\u00e8ne et l&#8217;homme qui reste<\/span><\/h2>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Derri\u00e8re l&#8217;acteur, il y a un homme qui n&#8217;a jamais aim\u00e9 se raconter.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Daniel Auteuil a \u00e9t\u00e9 mari\u00e9 \u00e0 l&#8217;actrice Anne Jousset, avec qui il a eu deux filles. Puis est venue la vie avec Emmanuelle B\u00e9art et la naissance d&#8217;Alexandre. Plus tard, sa rencontre avec Aude Ambroggi, sculpteur, qu&#8217;il \u00e9pouse et qui partage aujourd&#8217;hui sa vie. Sur tous ces chapitres, il a oppos\u00e9 une discr\u00e9tion presque syst\u00e9matique. Pas de mise en sc\u00e8ne du bonheur domestique, pas de confidences calcul\u00e9es, pas de transformation de son intimit\u00e9 en mat\u00e9riau promotionnel.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Cette r\u00e9serve a parfois \u00e9t\u00e9 prise pour de la froideur. Elle est plut\u00f4t une forme de protection : celle d&#8217;un homme qui sait que le m\u00e9tier exige de donner beaucoup de soi, et qui tente de conserver quelque chose pour le reste de la vie.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Le th\u00e9\u00e2tre, dans cette \u00e9conomie, n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 une parenth\u00e8se. Auteuil y est revenu r\u00e9guli\u00e8rement, comme on revient \u00e0 un instrument de travail. Au cin\u00e9ma, le montage d\u00e9cide de ce que l&#8217;on garde ; au th\u00e9\u00e2tre, le corps est seul, expos\u00e9, sans filet. Pour un acteur qui a construit sa carri\u00e8re sur l&#8217;effacement et la pr\u00e9cision, cette exigence est une mani\u00e8re de se rappeler que le m\u00e9tier ne se poss\u00e8de jamais d\u00e9finitivement.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">En 2013, il accomplit un geste qui en dit long sur sa relation \u00e0 Pagnol. Non content d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 Ugolin, il d\u00e9cide de revenir \u00e0 Marseille comme metteur en sc\u00e8ne, et d&#8217;adapter <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Marius<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> puis <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Fanny<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\">. Mieux : il choisit de jouer C\u00e9sar.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">C\u00e9sar. Le r\u00f4le de Raimu. On mesure la d\u00e9mesure de l&#8217;entreprise.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Auteuil ne l&#8217;ignore pas. Il sait qu&#8217;il s&#8217;expose \u00e0 la comparaison la plus \u00e9crasante qui soit. Mais il sait aussi que l&#8217;\u00e2ge lui ouvre d\u00e9sormais une autre porte : il n&#8217;a plus l&#8217;\u00e2ge de jouer le jeune homme qui part pour la mer, il a celui de jouer le p\u00e8re qui reste, qui boit, qui s&#8217;emporte et qui aime mal. Il tourne les deux films dans un m\u00eame \u00e9lan, avec Guillaume Canet en Marius et Marion Cotillard en Fanny. Le r\u00e9sultat divisera la critique ; le geste, lui, est admirable. Un acteur qui, \u00e0 soixante-trois ans, d\u00e9cide de reprendre \u00e0 bras-le-corps le th\u00e9\u00e2tre de sa jeunesse pour en interroger une autre figure.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">La m\u00eame ann\u00e9e, <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Jappeloup<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> lui offre un immense succ\u00e8s populaire. Il y joue le p\u00e8re du cavalier Pierre Durand, dans cette histoire vraie d&#8217;un cheval pas assez grand, d&#8217;un homme obstin\u00e9 et d&#8217;une m\u00e9daille d&#8217;or olympique. Auteuil y trouve un registre qu&#8217;on lui a peu demand\u00e9 : la paternit\u00e9 bourrue, faite de phrases courtes et d&#8217;affection jamais tout \u00e0 fait formul\u00e9e. C&#8217;est un r\u00f4le de fran\u00e7ais moyen, et il y est bouleversant.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Car il ne faut jamais oublier, chez cet acteur, la dimension populaire. Auteuil n&#8217;est pas un auteur r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 un cercle de initi\u00e9s. Il fait rire des millions de personnes, il remplit des salles, il appartient au cin\u00e9ma que les gens vont voir le samedi soir. Cette double appartenance \u2014 au film d&#8217;auteur le plus exigeant et au divertissement le plus large \u2014 est rare. Elle est m\u00eame probablement la clef de sa long\u00e9vit\u00e9.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Et puis, il y a eu ce moment o\u00f9 la boucle s&#8217;est referm\u00e9e. Dans <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Ces amours-l\u00e0<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> (2010), de Claude Lelouch, Auteuil a accept\u00e9 de chanter \u00e0 l&#8217;\u00e9cran. Le fils du baryton et de la cantatrice, celui qui avait h\u00e9sit\u00e9 entre le chant et la sc\u00e8ne, prenait enfin sa place devant un micro dans un film. Ce n&#8217;\u00e9tait pas un concert ni une prouesse : c&#8217;\u00e9tait une fa\u00e7on de rendre hommage \u00e0 la maison familiale, \u00e0 toutes les gammes entendues dans l&#8217;enfance.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Les ann\u00e9es suivantes ont confirm\u00e9 qu&#8217;il ne savait pas s&#8217;arr\u00eater. <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Amoureux de ma femme<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> (2018), qu&#8217;il r\u00e9alise et interpr\u00e8te, le montre une nouvelle fois du c\u00f4t\u00e9 de la com\u00e9die de boulevard, avec le plaisir \u00e9vident de diriger des camarades. <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Les Haffmann<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> (2022), adapt\u00e9 d&#8217;une pi\u00e8ce \u00e0 succ\u00e8s, lui confie le r\u00f4le d&#8217;un juif cach\u00e9 dans un appartement parisien pendant l&#8217;Occupation \u2014 un homme r\u00e9duit au silence, \u00e0 l&#8217;attente, \u00e0 la peur. On retrouve ici, transpos\u00e9 dans l&#8217;Histoire, ce th\u00e8me qui traverse toute sa filmographie : celui de l&#8217;homme qui se cache et de celui qui le regarde.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">En 2026, \u00e0 soixante-seize ans, il est encore l\u00e0. Encore \u00e0 Cannes, encore devant une cam\u00e9ra, avec notamment <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">La Troisi\u00e8me Nuit<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\">, un film ancr\u00e9 dans la Seconde Guerre mondiale. Cinquante ans de m\u00e9tier, et toujours cette m\u00eame mani\u00e8re d&#8217;entrer dans un plan sans chercher \u00e0 le dominer.<\/span><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-space\"><\/div>\n<div class=\"qwen-markdown-paragraph\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Voil\u00e0 ce qui rend Daniel Auteuil singulier. Il n&#8217;a jamais jou\u00e9 pour qu&#8217;on l&#8217;aime. Il a jou\u00e9 pour qu&#8217;on croie. Ugolin, St\u00e9phane le luthier, Georges de <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Cach\u00e9<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\">, le p\u00e8re de <\/span><em class=\"qwen-markdown-em\" dir=\"ltr\"><span class=\"qwen-markdown-text\">Jappeloup<\/span><\/em><span class=\"qwen-markdown-text\"> : autant d&#8217;hommes diff\u00e9rents, parfois antipathiques, souvent bless\u00e9s, rarement glorieux. Et derri\u00e8re tous ces visages, une seule constance : celle d&#8217;un artisan qui sait qu&#8217;un acteur n&#8217;existe que lorsqu&#8217;il accepte de dispara\u00eetre.<\/span><\/div>\n<div dir=\"ltr\"><\/div>\n<h2 dir=\"ltr\"><a href=\"https:\/\/nextstoryus.com\/?p=6595\">CLIQUEZ ICI POUR CONTINUER LA LECTURE AVEC LA \ud83d\udc49PARTIE 2- Premi\u00e8re partie \u2014 L&#8217;enfant d&#8217;Alger : la musique avant le cin\u00e9ma &#8230;.<\/a><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Daniel Auteuil n&#8217;est pas devenu c\u00e9l\u00e8bre en quelques mois. Il avait trente-six ans lorsque le grand public fran\u00e7ais a r\u00e9ellement d\u00e9couvert son visage, et cette notori\u00e9t\u00e9 tardive explique beaucoup de &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3333,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[23,21,22,1,5,20],"tags":[],"class_list":["post-6593","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-aita","category-daily-article","category-reddit-stories","category-story","category-story-daily","category-viral-story"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/nextstoryus.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6593","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/nextstoryus.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/nextstoryus.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nextstoryus.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nextstoryus.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6593"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/nextstoryus.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6593\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6599,"href":"https:\/\/nextstoryus.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6593\/revisions\/6599"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nextstoryus.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3333"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/nextstoryus.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6593"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/nextstoryus.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6593"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/nextstoryus.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6593"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}